
Cher public,
À l’USINE C, nous défendons un art qui agit, non comme un commentaire du monde, mais comme une force qui le traverse et le met en crise. Dans un contexte marqué par la simplification des récits et la polarisation des discours, nous faisons le choix de la complexité : accueillir des œuvres qui résistent à l’évidence, qui ouvrent des zones d’incertitude et rendent possible une pensée en mouvement.
Cette saison interroge d’abord l’intime comme lieu politique. Non pas comme repli sur soi, mais comme espace où se révèlent les structures invisibles du social. Ce qui se joue dans une vie singulière, un corps, une mémoire, une parole, engage toujours une histoire collective. L’art devient alors un lieu de dévoilement. Le corps, précisément, est au centre de cette traversée : corps agissant, transformé, traversé par la matière et par le regard de l’autre. Il est à la fois sujet et terrain de forces, espace de résistance autant que de vulnérabilité. À travers lui se rejoue la question de l’identité, non comme donnée fixe, mais comme processus instable, toujours en devenir.
Les œuvres accueillies brouillent les frontières entre réel et fiction, humain et machine, présence et représentation. Elles nous placent dans un entre-deux où nos repères vacillent, où penser devient une expérience sensible. Ce trouble est essentiel : il ouvre la possibilité d’un déplacement. La question de la mémoire et de la violence traverse également la programmation. Comment représenter ce qui excède toute représentation ? Comment faire œuvre face à l’Histoire sans en trahir la charge ? L’art devient ici un exercice de responsabilité : une manière de lutter contre l’effacement, de maintenir vive une mémoire fragile.
Enfin, l’USINE C se pense comme un lieu du commun. Non pas un consensus, mais un espace de coprésence où des singularités se rencontrent. Venir, c’est accepter d’être affecté, déplacé, transformé.
Nous vous attendons.
Angela Konrad - Directrice générale et artistique
Photo Angela Konrad © Angelo Barsetti